Il neige.
Depuis combien de temps, je ne saurais le dire… Mais mon manteau de peau est tant imprégné d’eau qu’aucune respiration du vent ne saurait en soulever le poil. J’ai marché bien tard hors de la route où passent les loups affamés et la lune est plus haute que mon ombre.
A ma main, un anneau. Un anneau dont j’ignore la provenance, mais la seule évidence qui me rattache à une vie effacée. J’ai égaré le souvenir de ma propre existence et je m’accroche, ce soir, au sanglant reflet du grenat. Je ne suis plus chevalier comme voudraient le dire mes armoiries au corps de la chevalière.
Quelque chose… Quelque chose que j’ignore, a fait basculer et ma mémoire et l’orientation de mon chemin sur cette terre ténébreuse.
Dans les vallées, les fermiers craignent la nuit et ici, sur le versant des montagnes, ce sont les bêtes qui fuient.
Il traîne l’odeur d’une âme noire, abreuvée des abysses et de l’orage humain.
Je n’ai plus ni flèches, ni carquois, il ne me reste que l’épée pour défendre mon souffle. Car peut-on appeler autrement le battement d’un cœur quand ne s’y tient plus le passé ou l’avenir ?
Voilà des jours que je n’ai pas mangé… J’ignore quand mes lèvres ont goûté, pour la dernière fois, l’hydromel, le pain, le gibier et les herbes fumées.
Mon esprit ne cherche plus pitance. Il est si tard pour moi.
Errer dans les monts ne m’aidera pas à trouver mon histoire, mais les villages me hantent, avec une impression austère.
Je fuis. Je traque.
Sans savoir même quelle est la proie.
Je me souviens d’un loup et de la terreur d’un peuple battu sur des foyers ardents.
Mais sans doute était-ce moi qu’ils redoutaient, car j’ai compris, avec le sang marqué, que ce que l’obscurité faisait de mon être, portait le nom du mal…
(illustration :Dypsomaniart)


Commentaires
des étoiles dans les y...
Par angefee666 le 04/01/2008 à 00h40
oui, surprenant que ces ténèbres...cest un autre monde que je ne te connaissais pas...
jai hate de voir la suite
bonne année au fait! meme en retard!
Par godric's hollow le 20/12/2007 à 20h29
je rejoins Laura, surprenante plongée dans les ténèbres où l'on te distingue à peine... pourtant ta plume est là et l'obscurité devient un portail, un voile entre deux mondes qui porte une déchirure...
Par laura6248 le 19/12/2007 à 13h26
Tant de noir surprend au premier abord car c'est des ténèbres qu'on ne te connaissait pas, mais on finit par s'engouffrer dans ce coeur sombre et y trouvait des choses intéressantes, et tu le racontes avec tant de lyrisme et de poésie qu'on aimerait passer plus de temp à creuser ce coeur... sans l'abimer bien sûr.
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